Essai KAWASAKI Z800 : le roadster mid-size s’embourgeoise

Voici déjà 1500 Km parcourus au guidon de ma Kawasaki Z800. J’ai attendu d’avoir un peu de recul pour rédiger cet article.

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Découvrir une nouvelle moto est toujours un moment riche et intéressant ; j’avoue que j’en découvre tous les jours avec cette Z800. Et c’est positif.

230 Kg et 10500 €

Autant le dire tout de suite : la Z s’embourgeoise.

Premières sensations sur la Z800 : elle est volumineuse et lourde. La selle est haute et assez large (je mesure 1,85 m et mes pieds touchent à peine par terre). Le réservoir de 17 L est lui aussi haut et proéminent, la fourche est en 41 mm et agrippe solidement la roue avant encadrée de deux beaux disques de 310 mm de diamètre. Le pneu arrière n’est pas en reste avec une largeur de 180 mm, monté avec du DUNLOP D214 Sportmax. Le pot d’échappement de forme triangulaire est à double sortie, et d’un volume conséquent. Bref, cette moto est musclée et similaire à la Z1000 en terme de gabarit.

Finalement, la Kawasaki Z800 a suivi le chemin opposé à la Triumph Street Triple R, qui, dans sa dernière version, a perdu 6 Kg, la ramenant à 182 Kg (soit 48Kg de différence avec la Z800).

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Quant au prix, la Z800 en version full française (soit 106 CV) avec ABS, équipée d’indispensables protections moteurs Top Block, d’une petite bulle, et sa carte grise, vaut 10’500€. Clairement, la Kawasaki Z800 n’est pas bon marché et ce n’est pas dit qu’on en voit autant que de Z750 sur les routes européennes. On s’éloigne du roadster simple et économique.

Quel look !

Le design de la Z800 est remarquable, on aime ou on déteste. Non mais regardez-moi ces lignes ! Agressives, expressives, ultra-modernes… et qui mettent un gentil coup de vieux à la Z750. Le design (qui date de de 2004) est donc confirmé et son style est poussé à l’extrême. La Z800 attire et accroche tous les regards, confirmant sa posture de patronne de la catégorie des roadsters mid-size.

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On note le soin apporté à certains détails : la tête de fourche profilée, les jantes avec un liseré, la chaudronnerie « inox » des tubulures d’échappement, les jolis sabots moteurs, des phares avant et arrières (à LED), le pot d’échappement, qui même s’il peut être sujet à polémique (comme souvent chez Kawasaki), est très bien fini et protégé.

Le moteur est beau, tout peint de gris et de noir mats, bien net et sans bavure : pas un câble ni durite n’apparait pour dégrader le design épuré de la Z800, qui cache les parties les moins nobles de sa mécanique.

L’ordinateur de bord est très complet : il y a beaucoup de voitures qui n’ont pas autant de fonctionnalités !… Température moteur, deux compteurs kilométriques, consommations instantanées et moyenne, autonomie avant la réserve de carburant, …

La conception globale de la Z800 respire le sérieux, et même s’il y a quand même beaucoup d’éléments en plastique à son bord, on ne peut qu’admettre la belle finition de l’ensemble.

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La douceur

Les premiers tours de roues sur la Z800 sont très agréables. Le moteur et sa boite de vitesse sont d’une remarquable douceur. Il n’y a aucun à-coup au passage des vitesses, qui se font en silence. On est en 6ème vitesse comme qui-rigole et sans s’en rendre compte ! Le moteur reprend sans difficultés à tous les régimes, même les plus bas. Un régal pour une utilisation citadine et quotidienne, et, oui, on peut traverser des villages à 40-45 Km/H en 6ème vitesse et reprendre ensuite à 90-100 Km/h en un clin d’œil à la sortie de l’agglomération.

Même en 1ère vitesse, hormis quelques petits toussotements en début de décélération sur le frein moteur, on a la sensation d’être sur un tapis volant, le tout bercé dans une sonorité grave et mélodieuse (malheureusement un peu entachée par un sifflement de la boite de vitesse). Kawasaki a très bien réussi l’accord entre l’injection et l’échappement du moteur, qui en plus est équipé d’une valve. Chapeau.

D’ailleurs, à mon avis, poser un pot Akrapovic ou autre sur la Z800 ne peut que détériorer sa souplesse mécanique, ce qui serait dommage.

L’attaque des freins est, là encore, très douce : manquerait-elle un peu de mordant ? En tout cas, il ne faut vraiment pas hésiter à serrer fort les freins pour arrêter la machine. Ma Z800 n’a que 1500 Km à l’heure où j’écris cet article, les choses vont peut-être encore évoluer, les disques se faisant jours après jours.

La Z800 l’épreuve du quotidien

En ville (0 à 50 Km/h)

Malgré son embrayage assez dur (le ressort de rappel est puissant, cela fait des tensions dans l’avant-bras gauche), on déambule en agglomération sans aucune difficulté. La seule véritable gêne est le rayon de braquage, qui oblige très souvent à s’y prendre en deux temps pour effectuer un demi-tour ou une manœuvre quelconque.

Le moteur tourne vraiment rond, sans vibration ni à-coup, et il est coupleux : on peut rouler sur n’importe quel rapport. Cela facilite les trajets et les passages dans des trous de souris entre les voitures.

En outre, la position de conduite à son bord est agréable : à mi-chemin entre une position droite et une position sport. Il y a quand même un peu de poids sur les poignets, mais cela reste très supportable et l’on domine bien la route.

Elle chauffe relativement peu. Même prise dans un embouteillage, elle monte lentement vers les 100°C, puis le ventilateur du grand radiateur se déclenche et la température retombe en quelques instants à 95°C.

Bien sûr, il faut faire avec son poids : 230Kg + mes 80 Kg cela fait beaucoup d’inertie.

La rétro-vision est mauvaise, notamment côté gauche, mais c’est visiblement une constante chez Kawasaki.

Ensuite, impossible de mettre quoique ce soit dans le « coffre », sous la selle passager, il est plus que minuscule. Il n’y a aucune possibilité de mettre un U de sécurité. Un modèle spécifique d’antivol devrait sortir chez Kawasaki, j’attends de voir…

La consommation en ville est de l’ordre de 6 à 8 L/100km. Le range (autonomie avant la réserve) est de 180 Km (données de l’ordinateur de bord).

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Sur les Nationales (50 à 110 Km/h)

Un régal. Le poids et la qualité de la partie cycle de la moto la rendent hyper stable. Son train avant est très précis : elle va là où l’on regarde. Les virages s’enchainent et l’on peut vraiment travailler ses trajectoires avec la Z800.

Les reprises sont excellentes, même en 6ème, car la transmission est globalement réglée courte (un tout petit peu plus courte que sur la Z750).

Question pneus, au début je n’aimais pas les Dunlop D214 Sportmax : j’ai expérimenté plusieurs fois des glissades de la roue arrière. De rage, j’ai fait un burn sur un vieux béton granuleux. La première couche de gomme s’est volatilisée et, aujourd’hui, ça va beaucoup mieux, j’ai une bonne adhérence, même sur du mouillé… du coup, je vais les garder.

Le pneu avant de la monte Dunlop D214 Sportmax est de forme triangulaire : la mise sur l’angle de la Z800 est facile, presque trop ! Et, la Z800 n’a plus ce défaut que je n’aimais pas sur la Z750 à savoir une fourche avant lourde, dont le feeling ne me rassurait pas.

A noter, sans doute est-ce dû aux pneus Dunolp D214, la Z800 est très sensible au rainurage.

La température moteur reste dans des valeurs pas trop élevées, on dépasse rarement les 80-85°. J’ai même fait tout un parcours à 66°C… mais il faisait très froid dehors.

La consommation sur route nationale est d’environ 4,5 à 6 L/100km, selon la conduite.
Le range est de 330 Km pour les plus raisonnables.

Sur les Autoroutes (110 à 130 Km/h)

Il s’agit d’un roadster sans grande protection contre le vent, donc… ce type de route n’est pas son point fort. Heureusement j’ai installé la bulle à l’avant, cela protège un peu et ne génère pas de remous désagréables.

Dommage car le moteur est très endurant et peut parcourir des centaines de kilomètres avec un plein.

Toujours aucun problème de reprise, on reste en 6ème et les dépassements sont naturels et exécutés en un clin d’œil.

La consommation sur autoroute est d’environ 6 à 7 L/100km.
Le range est de 280 Km.

Une fausse sportive

Je ne trouve pas le caractère moteur de la Z800 particulièrement sportif. Non pas qu’il ne pousse pas, bien au contraire il accélère assez méchamment, mais ses vibrations plutôt désagréables façon roulette de dentiste et sa sonorité métallique à haut régime n’incitent pas à cravacher franchement la Z800.

Au contraire, le premier sentiment qui vient à son guidon est d’adopter une conduite coulée et tranquille, sur le gras du couple ; ma foi, c’est bien agréable. Avec une meilleure protection contre le vent, cela ferait une parfaite routière.

A titre de comparaison, l’ER-6n est beaucoup plus incitative à l’arsouille : un vrai petit monstre explosif dès les bas régimes, très pousse-au-crime. La Z800 est infiniment plus calme, et du coup, plus polyvalente.

Cependant, ne nous y trompons pas : la Z800 est puissante et coupleuse. Elle est capable de démarrages éclairs en Départ Arrêté et le comportement moteur devient explosif à partir de 7500 tours/min. Lever la roue avant de la Z est enfantin. De ce point de vue, ce n’est clairement pas une moto de débutant.

Question suspensions, certes elles sont réglables pour changer son comportement : du très souple au très dur, on sent bien la différence. Mais je crains que cela ne soit que gadget. La selle pilote est assez dure, donc on aura tendance à favoriser une suspension plus molle, pour ne plus y toucher ensuite…

Quelques mesquineries

C’est inévitable pour réduire les coûts, et en voici quelques exemples :

  • On ne peut pas régler la commande d’embrayage sur la Z800 ! Alors qu’il est possible de le faire sur l’ER-6n… Non mais Allo quoi ®©™ !

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  • La selle passager est faite de matériaux très cheap : de la mousse fine et dure, et une toile cirée extrêmement glissante. La Z800 est donc particulièrement inconfortable pour les passagers. L’ER-6n fait bien mieux, là-encore. Et pour couronner le tout, cette selle est totalement perméable : le coffre se rempli d’eau lorsque vous lavez votre Z800.
  • Malgré le très grand et bel ordinateur de bord, il n’y a pas d’indicateur de rapport engagé. Non pas que cela soit indispensable, mais, tout de même : la moto est chère et à ce niveau de prix certaines de ses concurrentes propose cette fonction.
  • De nombreux éléments sont partagés avec le reste de la gamme Kawasaki : bouchon de réservoir, porte-plaque, clignotants, leviers, etc…

Conclusion

La Kawasaki Z800 est une belle moto, aboutie et globalement bien finie. Elle inspire un sentiment de sécurité et de confiance à son bord. Je ne regrette pas du tout mon achat.

Elle a un comportement très polyvalent, plus que mon ancienne ER-6n. Elle est très confortable à piloter de part sa douceur mécanique générale : son moteur élastique, coupleux, à la jolie sonorité (du moins dans la 1ère moitié du compte-tour) et qui consomme peu compte-tenu des performances et du poids de l’engin (et du pilote…).

Son gros défaut est l’inconfort délibéré des selles : pour le pilote c’est tout juste passable, pour le passager c’est carrément l’horreur. Étonnant de la part de Kawasaki car la Z750 a été critiquée sur ce point-là, et la Z800 fait encore pire.

Ce n’est pas le roadster mid-size le plus sportif du moment, ni le plus économe, ni le plus confortable. Il faut voir la Z800 dans son ensemble : c’est un « tout » bien fini, mature et doté d’une image de marque en béton armé, une évolution intelligente et vers le haut de la Z750.

Une moto à recommander, à n’en pas douter.

7 commentaires

  1. DI GLERIA Frédéric

    - Concernant la rétro vision de la Z800 (« La rétro-vision est mauvaise, notamment côté gauche, mais c’est visiblement une constante chez Kawasaki. »), j’ai constaté la même chose sur l’ER6N : à droite, ça va, à gauche la cata. en effet, une constante visiblement !
    - Lors de mon achat, je suis monté à plusieurs reprises sur la Z800 et ma première sensation a été celle d’un manque de confort.
    @+tard

  2. Joe

    L’évolution des roadsters chez les constructeurs japonais est tout de même inquiètante : j’ai l’impression de toujours voir la même bécane depuis 10 ans !

  3. Franck

    Alors je confirme la selle passager est juste intenable. Autant ne rien mettre c est la même chose! J ai fait 5km comme passager et je n en pouvais plus. C est très très dur… Donc soit t as pas d amis, ou alors des amis qui ont une moto, soit tu mets une selle confort!

    • Thomas

      Pfff eh ben ce n’est vraiment pas un roadster de pauvre cette Z800 : il faut que j’achète une selle confort en plus des 10500€ déjà déboursés…

  4. Webmarketer

    Fiouu, je vais être le seul mais moi j’adore !
    J’avais le Z750 dont j’étais déjà fan mais alors celle-ci est dans la lignée. On achète pas cette moto pour le confort mais pour le design et pour la sportivité.

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